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Ujiko

Publication

MoteurZine : http://www.moteurzine.com/archives/2005/moteurzine125.html#10

 

L'interviewé

Laurent Baleydier - Ujiko.com : http://www.ujiko.com

 

L'interview

Je me présente, David, le petit dernier à rejoindre la grande équipe de MZ en cette fin d'année. Je vais donc me charger d'interviewer dans chaque numéro de MZ des personnes gérants un service en rapport avec les moteurs de recherche ou le référencement qui ne sont pas forcément connues. Ce mois-ci, je commence avec l'interview de Ujiko.com, un moteur de recherche novateur allant dans la lignée de KartOO.com du même créateur. L'interview peut vous paraître longue mais elle vaut vraiment le coup d'être lue.

 

Fanin David: Bonjour Laurent Baleydier, pourriez-vous vous présentez aux lecteurs de MoteurZine ?

Laurent Baleydier: Bonjour. J'ai créé une agence Web après mes études, puis KartOO S.A. en 2001 avec mon cousin Nicolas. Notre entreprise travaille essentiellement sur la visualisation de données. C'est un domaine en pleine expansion, surtout sur les intranets ou la masse d'informations accumulée est telle qu'on ne peut plus utiliser une simple liste comme sur les moteurs classiques : il faut unifier les sources d'informations, pouvoir obtenir une vue d'ensemble des thématiques, comprendre les liens entre les données, et avoir des propositions de tris dynamiques pour préciser facilement ses recherches. Depuis 4 ans, nous avons développé plusieurs formes de cartographies : en réseau comme sur KartOO, circulaire comme sur Ujiko, centrée pour les réseaux sociaux en particulier, surfacique polygonale pour visualiser des thématiques et leur importance respective... Notre métier consiste donc à analyser les données du client, à faire ressortir les critères de tris pertinents et à utiliser la visualisation la plus appropriée.
KartOO.com et Ujiko.com sont nos deux vitrines technologiques et génèrent 99% de nos contacts commerciaux. Nous travaillons par exemple en ce moment pour l'ONU, plusieurs ministères français, Ubisoft, Schindler et nous avons déjà oeuvré pour bien d'autres grands comptes qui nous ont contactés en voyant ces moteurs qui ne sont pourtant que des formes simplifiées de nos outils de visualisation.

 

FD: Comment définissez-vous votre moteur de recherche ?

LB: C'est un moteur qui propose une interface très graphique, avec un système de mémoire pour filtrer et commenter les sites trouvés. La visualisation d'informations est très simple : les sites ne sont plus présentés les uns au dessous des autres comme sur une liste de moteur classique, mais en cercle en fonction des thématiques trouvées. Ce système va bientôt être amélioré avec l'ajout de dictionnaires pour obtenir des thèmes plus pertinents.

 

FD: Pourquoi votre moteur de recherche porte le nom de : Ujiko ?

LB: Ce sont des touches qui forment un zigzag sur le clavier : U-J-I-K-O.

 

FD: Quelle est la technologie qui se cache derrière ce moteur de recherche ?

LB: Le moteur est hébergé sur une machine dédiée, et peut basculer sur des serveurs de KartOO.com en cas de pic gros de charge. Les technologies utilisées sont Java du côté serveur et Flash 6 du côté client.

 

FD: Combien de temps, vous a-t-il fallu pour développer le script de votre moteur de recherche ?

LB: Plusieurs mois hommes si l'on prend en compte le module de personnalisation des résultats et la cartographie circulaire. Mais ces deux briques nous servent maintenant dans nos applications pour les entreprises.

 

FD: Quelle est la taille de son index ? En est-il le créateur ?

LB: Nous nous appuyons sur la technologie de recherche Yahoo.fr. D'après nos tests, il y a un peu moins de pages que sur Yahoo.com, mais l'index sera sans doute mis à jour prochainement pour se rapprocher des 20 milliards de pages.

 

FD: Ce qui est bien sur votre moteur de recherche, c'est que l'on peut personnaliser ses résultats et en conséquence se débarrasser rapidement des sites qui n'ont aucun intérêt. Pensez vous que cette idée a un avenir ?

LB: Oui, bien sur ! Comment un moteur de recherche pourrait-il présenter des résultats adaptés aux goûts de chacun sinon ? Comment deviner qu'un utilisateur qui recherche souvent le mot cuisine veut plutôt voir des fabricants et non une liste de recettes. C'est pour cela que nous avons combiné la personnalisation et la thématisation : lorsque vous visitez souvent un site, il est remonté en tête des résultats et avec lui une partie des sites de la catégorie à laquelle il appartient.

 

FD: Est-ce que les modifications faites par un utilisateur A se répercutent sur un utilisateur B ? Je parle ici de la technologie communautaire ou de partage des résultats que l'on commence à entendre parler, est-elle au programme ?

LB: Avec Ujiko, nous avons fait le choix de garder toutes les informations de la personnalisation sur le poste, elles ne transitent jamais par le réseau. L'avantage principal est la confidentialité des données : KartOO n'a pas à connaître les sites que vous préférez. La technologie communautaire peut-être greffée facilement sur Ujiko, mais nous préférons la conserver pour des applications sur intranet. En effet, si un tel système était lancé sur le Web, il serait forcément mis en défaut par certains webmasters qui simuleraient des clics pour faire remonter leur site dans les résultats.

 

FD: Quelles sont vos statistiques de fréquentation ? Une progression ?

LB: Le trafic est en nette progression, nous l'avons doublé lorsque nous avons sorti la nouvelle version. Mais il reste très modeste : quelques milliers de requêtes par jour. Nous avons totalement manqué notre lancement aux Etats-Unis où nous n'avons eu qu'un seul article important (très positif) sur pandia.com. C'est dommage car plus d'une personne sur 4 mettent le site en favori après l'avoir découvert, c'est énorme.
Et puis nous devons aussi progresser sur un point : les internautes qui essayent le site en vitesse n'ont pas accès aux options avancées de filtres par mots clefs, de stockage dans les dossiers, d'accès à d'autres sources d'informations. Ils ne retiennent que le côté gadget de l'interface. Nous travaillons donc sur une version plus classique, avec une partie en HTML, et toutes options accessibles dès le départ dans des menus déroulants. Mais nous n'auront jamais le budget de Microsoft pour faire connaître l'outil, donc il faut être patient et faire confiance au bouche à oreille.

 

FD: Beaucoup de personnes n'ont pas d'objectif aujourd'hui, en avez-vous un minimum que ce soit statistiquement ou moralement ? Si oui, lequel ou lesquels ?

LB: L'objectif d'Ujiko est de prouver que l'on peut présenter les résultats autrement qu'en faisant une copie de Google, tout en apportant une valeur ajoutée. C'est donc une vitrine de nos technologies.
L'objectif pour KartOO S.A., plus ambitieux, est de devenir leader mondial de la visualisation de données. C'est encore possible aujourd'hui car le marché est naissant et nous avons développé et protégé depuis 4 ans les principales formes de cartographies d'informations. Nous allons pouvoir répondre l'année prochaine aux sollicitations des investisseurs pour passer d'une activité de recherche et service à un métier d'éditeur. Nous sommes prêts.

 

FD: Quels sont vos revenus si ce n'est pas indiscret ? Comment gagnez-vous de l'argent avec votre moteur ?

LB: Les revenus directs d'Ujiko sont les liens sponsorisés fournis par notre partenaire Overture/Yahoo. Ils couvrent le fonctionnement de l'outil et ses mises à jour. L'outil va donc nous faire gagner de l'argent dans les prochains mois, mais nous en fait déjà gagner indirectement puisque certains de nos clients ont souhaiter installer la personnalisation et la cartographie thématique circulaire sur leur intranet.

 

FD: Combien de personnes travaillent sur votre moteur de recherche ?

LB: Tout le personnel de KartOO travaille sur tous les projets sans exception, au moins dans la phase de conception. Nous fonctionnons avec des boîtes à idées dans lesquelles chacun propose et fait avancer les propositions des autres. Nous sommes convaincus que le succès de notre entreprise passe par l'innovation et qu'il ne faut pas forcément être diplômé pour avoir de bonnes idées.

 

FD: On peut remarquer que votre moteur est disponible en plusieurs langues. Pourquoi voyez-vous plus loin que les pays francophones ?

LB: Le produit est conçu pour être localisé facilement : il suffit de traduire un fichier texte.
Nous l'avons donc proposé en français, en anglais (US/UK) et en Allemand. Mais il nous manque du temps pour faire un lancement commercial dans d'autres pays.

 

FD: Il existe aujourd'hui des milliers de moteurs de recherche et annuaires, pourquoi vous êtes donc lancé dans ce domaine ? Qu'avez-vous de plus que les autres ?

LB: Nous apportons de la valeur ajoutée là où il en manque : en aval de la recherche, sur l'interface et l'accompagnement des utilisateurs.

 

FD: Considérez-vous certaines personnes comme vos concurrents directs ? Si oui, qui ? - Que pensez vous des autres moteurs de recherche implantés depuis des années comme par exemple Yahoo, MSN, AOL, ou même Google ?

LB: Tous les moteurs de recherche sont nos concurrents avec Ujiko. Les 3 plus grands, Google, Yahoo et MSN proposent une présentation rigoureusement identique de leurs résultats : une liste de description avec du texte en bleu, noir vert sur fond blanc. Je crois pouvoir affirmer que nos enfants regarderont demain ces interfaces comme nous regardons aujourd'hui les curseurs clignotants des premiers ordinateurs : avec un large sourire ! Il faut inventer autre chose, c'est ce que nous essayons de faire.
De façon plus générale, sur la visualisation de données, nos concurrents sont essentiellement américains et ont tous levé plusieurs millions de dollars. Mais nous avons une avance technologique qui devrait nous permettre de rivaliser.

 

FD: Suivez-vous l'actualité des moteurs de recherche ? Si oui, qu'en pensez-vous ? Quel avenir voyez-vous pour la recherche ?

LB: Pour la recherche sur le Web, le paysage évoluera peu tant Yahoo et MSN auront une stratégie « suiveur » par rapport à Google. C'est réellement dommage de prendre aussi peu de risques lorsqu'on a autant de moyens et de talents sous la main.
En ce qui concerne les outils de recherche pour les entreprises qui sont souvent précurseurs, je ne pas devin, mais Gartner a publié une étude intéressante sur le positionnement des acteurs et en particulier sur l'arrivée d'entreprises innovantes comme Vivissimo ou Inxight, qui travaillent sur le clustering et la visualisation de données. On peut donc entrevoir que la valeur ajoutée se déplace de l'indexation à l'interface.

 

FD: Votre moteur de recherche est une innovation (je pense à l'évolution de l'espace graphique en fonction du nombre de recherches), que pensez-vous de l'innovation ? Avez-vous une philosophie ?

LB: Je vais être concret : si nos développeurs sont 5 fois plus chers que les indiens, les marocains ou les ukrainiens, la seule chance de survie de l'entreprise réside dans sa capacité à créer de nouveaux produits. L'innovation est donc bien une philosophie qui est de plus en plus ancrée dans notre petite société, c'est presque une méthode de management puisqu'il n'y a rien de plus motivant et valorisant que d'être reconnu pour ses bonnes idées, et de pouvoir les proposer quel que soit sa fonction. L'un de nos partenaires est d'ailleurs un cabinet d'experts en créativité : Actone.

 

FD: Votre moteur de recherche se souvient de ses utilisateurs quelques semaines après, cela peut en effrayer certains, quand est-il donc de la protection de la vie privée sur votre moteur ?

LB: Les données restent sur l'ordinateur, c'est déjà un point essentiel. Le cookie Flash peut-être effacé entièrement en faisant apparaître le menu contextuel (clic droit). L'utilisateur peut aussi effacer les données une à une avec l'interface.

 

FD: Pour conclure, pouvez vous nous donnez les 5 recherches ayant eux le plus de requêtes en cette année 2005 sur votre moteur de recherche ?

LB: Voici les mots les plus recherchés sur les 6 derniers mois. Je précise qu'ils n'ont pas été censurés et que les nombres sont des indices.1. gratuit : 23,3
2. film : 17,42
3. musique : 15,47
4. photos : 15,33
5. video : 14,63

 

FD: Merci d'avoir accepté ma première interview, bon courage pour la suite.

LB: Merci à vous ...Voila pour mon premier numéro. J'accepte vos avis quant à cette interview. Pour cela, contactez-moi. Bonnes fêtes et bonne année 2006 à tous !

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